Le Zizi Meilleur ennemi de l’homme


13 Feb
13Feb


   

Le Zizi

 

Meilleur ennemi de l’homme

 

 

 

 

 

Nouvelle

 

 

 

 

 

Didier Leuenberger

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

Et voilà, c'est reparti pour une tranche de bleuet. Cet imbécile de Marcel n'a rien trouvé de mieux que de tomber amoureux, et lorsqu'il est amoureux, eh ben mon Marcel il n'est pas très performant pour ce qui est de me tenir éveillé. Il faut dire et après avoir discutaillé avec d'autres zizis, que cet état ne sied pas à tous les hommes et peut engendrer l'opposé des attentes de la donzelle ou du zèbre espérant son sucre d'orge, c'est selon. 

 

 

 

Marcel lui, il n'a pas de problème avec ça. Il me fout tout sur le dos, me rend entièrement responsable de mes petites défaillances dues à ses penchants bleuets, mais au fond de lui, il sait que c'est dans sa tête que tout se passe. Bref ! Je m'éloigne du sujet… 

 

 

 

Ah ! Oui, le romantisme. Cette invention humaine faisant les beaux jours des poètes et rendant le plus actif des reproducteurs en oie blanche... 

 

Romantique, mon gland, oui… Un tue la trique ! Un repousse-bite ! Un étrangle-nœud, voilà ce qu'est le romantisme pour nous les zizis. Comment voulez-vous qu'on fasse bien notre boulot quand notre bellâtre d'hôte à la bouche en cœur et les yeux qui pissent l'amour ? 

 



C'est impossible. On a beau secouer comme jamais les coutures de son caleçon, on n'y peut rien… Enfin, au début. Car je sais que tôt ou tard, Marcel me mangera dans le prépuce. Il me suppliera d'être ferme et ne me pardonnera aucune faiblesse. Encore faudra-t-il qu'il éloigne cette foutue émotion. Une belle conne celle-là quand j'y songe ! Complice comme cochon avec le temps et ce qu'il engendre comme relations durables, comme mariages solides, voyant s’effriter comme de l'argile, ce désir nous seyant si bien, à nous les zizis pour laisser place à une tendresse envahissante. Une fonction nécessaire à nos levées de Drapeau journalières, à nos incursions en tous genres, rendant si belle la vie de nos hôtes. Un désir se consumant comme peau de chagrin si rien n'est fait pour le maintenir éveillé, pour l’attiser et le faire progresser plutôt que de l'ankyloser jusqu'à presque oublier notre option butor et de reproducteur. 

 

 

 

 

 

Comme si l'amour suffisait... Tssit !!! Laissez-moi   rire ! Celui-là et excusez-moi d'être brutal, reste un bel enfoiré par moments. Un balourd nous empêchant de nous élever et de remplir notre mission. Un tombeur de la passionata, un torpilleur des petites folies, des fantasmes les plus fous, dressant au rang de demi-dieu intouchable, ces endroits que nous chérissons ; ces moments que nous quémandons encore et encore comme si nous avions à faire à une Sainte Vierge où un sauvageon à ne toucher sous aucun prétexte.

 

 



Oui cette foutue émotion se veut être une emmerdeuse de première me faisant tousser toujours trop tôt où louper le coche au mauvais moment et à l'instant le plus crucial. Je tente de faire comprendre à mon hôte qu'on n'a pas besoin d'elle. Qu'il faut s'en débarrasser une fois pour toutes, mais non ! À chaque fois elle s'immisce, se répand comme de l'encre sur un buvard jusqu'à lobotomiser Marcel et en faire ce qu'elle veut. Et qui en fait les frais ? Je vous le donne en plein dans le mille ?

 

 

 

Non ! Je ne peux pas laisser Marcel tomber amoureux. Si je veux être un peu crédible envers mes collègues, je me dois de freiner cette gangrène le rongeant de l'intérieur. Il est impératif que je stoppe cette course aux sentiments et que j'impose ma loi en me dressant lorsque d'autres tentations nous croisent. Des mirages sortis tout droit de son imagination débordante et de ses attentes les plus inavouables. Je sais, ce n'est pas très sympa vis-à-vis de mon hôte, mais je vous l'ai déjà dit, nous sommes diamétralement opposés tous les deux. Singulièrement aux antipodes. C'en est presque déprimant. Rageant de devoir me battre contre l'amour, sachant que ce sera toujours moi le maudit. Toujours ma responsabilité, si d'aventure, la tromperie s’immisce dans cette love Story, l'adultère saborde les espérances les plus profondes et les attentes les plus heureuses. De tout ça je suis responsable, bien que poussé par ce désir insatiable et redoutable, n’hésitant pas à saboter tout semblant d'idylle. Face à son énergie et sa folle passion, je ne suis qu'un pion, qu'un petit soldat allant à la guerre, fusil en main et prêt à faire feu au moindre mouvement. Comment lutter contre un vent si puissant ? Contre un tel Seigneur ?

 



Il m'est impossible de rivaliser, tiraillé par la bienséance de mon bellâtre et les courants incessants d'un désir en proie aux démons hormonaux les plus éclatants et bien taillés. À cet appel de la nature indétrônable et inévitable. Je ne peux batailler contre çà, moi qui suis né pour obéir à leurs désirs les plus colossaux et dépourvu de conscience. Je ne suis qu'un coche servant la vie et n'ayant aucun bouton "reset" pour une quelconque remise en question. 

 



Nous pouvons bien nous combattre chacun dans son abîme et sa raison d'être, ce qui fait de nous, les meilleurs ennemis du monde. Et puis ma foi… au bout du compte, Marcel me remerciera j'en suis sûr, car qui mieux que moi sait ce qu'il lui faut pour se sentir épanoui et heureux en tout grand homme qu'il est ? 

 

 

 

 

 

Peut-être devrait-il se remémorer ces années passées à s’astiquer le mandrin, à tirer sur ce prépuce et constater ses grands yeux d’enfants se réjouir lorsque je m’étirais au meilleur de ma forme jusqu’à l’implosion. Et dire qu’au moindre frôlement, au moindre courant me rasant, au plus petit frisson, il appréciait me voir bondir aux barricades de l’extase pour le libérer d’un poids qu’il n’a jamais compris et ne comprendra jamais, à n’en pas douter.  

 

 

 

Comme ces années d’insouciance, où il découvrait les turpitudes et les effronteries de la vie étaient belles et enrichissantes. Lorsqu’il s’évertuait à faire éternuer le cyclope que j’étais, à se vider les couilles sans la moindre suspicion ni la plus petite ambivalence, il était un être heureux. Rassasié et gourmand, en voulant encore et encore, tirant sur mes contours jusqu’à me rendre bleu, jusqu’à assécher sa fabrique à yaourt, tant il y allait franchement. Il n’était pas en proie à des doutes, même s’il se posait mille et mille questions, mais restait ce bellâtre heureux de me savoir vivant et complice, de tant de moments de bien-être. La branlette est peut-être montrée du doigt, mais elle était à coup sûr, le mariage le plus réussi que Marcel n’eut jamais consommé. Une lune de miel idyllique et sans la moindre anicroche, toujours plus intense et heureuse. Des instants magiques, mêmes, pour certaines situations. Où l’effronterie de l’ado qu’il était n’avait peur de rien. Aller me faire balancer la fumée dans des endroits aussi improbables qu’excitants ne lui faisait pas peur. Il en redemandait. Savoir qu’on aurait pu le surprendre n’était pas une source d’inquiétude, mais une petite décharge lui permettant de me faire cracher dans le bénitier sans le moindre remord. 

 

 

 

Un rien l’émoustillait et m’animait de toute ma prestance. Il était si fier de moi. Même de mes petits couacs, il s’en moquait éperdument, du moment que je lui permettais de se sentir partir le temps d’une délivrance. Il n’avait de cesse de m’espérer gonfler dans sa culotte, le vilain, et je m’en réjouissais à chaque fois qu’il me faisait tousser sans vergogne. Avec des fois, un malin plaisir à me brutaliser pour se sentir vivant et un homme. 

 

 

 

C’est à cette période que nous étions le plus complices, que nous défendions les mêmes valeurs et que nous nous sentions le plus vivants. À cette période, qu’il se laissait glisser dans un imaginaire libérateur lui permettant d’explorer mes nombreuses facettes aptes à lui donner ce statut tant éprouvé de bienheureux. Comme j’aimais que ses doigts dès que la nuit tombait et nous annexât me tâtaient et me faisaient miroiter, impatient que j’étais. Il me mettait au supplice et j’adorais cela. Il n’éprouvait aucun remords, juste un besoin inné le démangeant sous les draps ou lors d’une balade en forêt, soudain, alors qu’il explorait un coin de feuillus ou s’adonnait à faire du sport. Pourtant, pas à mon avantage, lorsqu’il transpirait et courait, il ne fut jamais gêné de me faire bondir en des moments ou ma forme n’était pas des plus flatteuses pour ma renommée. Tout était propice à me rendre fier et droit comme un piquet, que ce soit sur terre ou dans l’eau, même des plus fraîches, un rien me faisait me dresser tant son crâne de piaf était en mode guerrier de recherche du plaisir. Et quelle précision, quelle assiduité, quelle minutie dans nos efforts à nous rendre heureux. Quelle coordination sans faille pour atteindre l’orgasme à coup sûr, sa main ne me lâchant qu’après m’avoir fait cracher ma liqueur en complète osmose avec cette étincelle lui dictant le lâcher-prise ! Une leçon de vie, un moment exemplaire de perfection, aussi beau qu’une mécanique de précision. Qui, mieux que moi, peut se vanter connaître dans son intime le plus profond, mon Marcel ? Personne. Personne ne sait mieux que moi ce qui le fait jouir. Ce qui le fait bondir et me durcir. Quelle image le rend le plus fou, car la vision d’un mirage n’est jamais loin, lorsque d’aventure, il me sollicite au passage d’une silhouette qu’il affectionne tout particulièrement. 

 

 

 

Plutôt simple à priori, il va de soi que tout se complique lorsque vous enfilez cette chape d’interdits et de préceptes à n’enfreindre en aucun cas. À ces directions et ces chemins de traverse, à n’emprunter sous aucun prétexte, de peur d’être foudroyé par un Dieu quelconque, garant du convenable et du bienséant. Que de barrières au plaisir, que de frontières aux loisirs de l’épicurisme ! Mais vous avez beau nous ceinturer de mille fantasmes défendus et de gestes proscrits, le naturel revient toujours au galop, car nous sommes ceux qui peuvent le mieux vous le faire comprendre, notre présence ignorée durant ces temps de chasteté ou d’exemplarité, ne pouvant être effacée. Nous faisons partie de vous, quoi que vous fassiez et disiez, et que ce soit au matin ou la nuit dans la pénombre, vous savez pertinemment que nous vous le rappellerons.  Et Marcel, plus qu’aucun autre en est conscient. Il sait au fond de lui, que quoi qu’il tente pour calmer mes ardeurs et le faire basculer dans ce qui semble tant être un péché, au mieux le libèrera, au pire, le frustrera, car c’est dans sa nature. Qu’il l’avoue ou l’escamote, ses désirs n’en sont que plus intenses lorsqu’il épouse un mode de vie contraire à ses besoins sexuels. 

 

 

 

Oui, Marcel était tellement plus heureux et épanoui lorsqu’il me convoitait comme un homme peut désirer une belle voiture qu’il souhaite faire vrombir sur le plus grand nombre de routes possibles. Sur la palette d’asphalte la plus exhaustive qui soit. Lorsqu’il admirait ma vaillance et reconnaissait le bien-être que je lui procurais, et ce, autant de fois qu’il le désirait.   

 

 

 

Ma plus grande fierté bien sûr, était de constater ses mirettes brillantes, me reluquer, heureuses de constater ce mont veiné on ne peut plus écarlate, ce volcan, on ne peut mieux actif et explosif. J’étais son Vésuve, son Eyjafjallajökull capable d’enfumer les doctrines et les règles les plus mortifères à mon encontre. 

 

 

 

À cette époque d'ingénuité, il me défendait corps et âme, sans se soucier des non-dits et des colportages ; de la bienséance et d’une quelconque éducation me molestant et me muselant de ma couronne au périnée. Assénant un coup fatal aux nombreux corpuscules de volupté que je renferme et dont les jeunes hommes sont si heureux de compter parmi le top 10 des zones érogènes qu’ils possèdent. 

 

 

 

Quel triste constat que de voir cette soit dite, belle éducation, anéantir ce que vous ne cesserez jamais d’être : un animal. Aux prises avec ses instincts primaires et ses besoins physiologiques, dont je suis à n’en pas douter, le plus beau flambeau. Le dernier bastion aussi de votre nature que vous tentez obstinément de posséder et de censurer. Au moindre durcissement, on vous fait comprendre que je ne suis pas adéquat du bon moment comme pour me décourager. Mais je crains fort que vos nombreuses contradictions et incohérences en la matière ne me laissent gagnant dans cette affaire. 

 

 

 

Lorsque Marcel était dans son lit, que je sommeillais dans un écrin de satin et qu’il posait sa main sur moi avec une idée bien précise derrière la tête, j’aimais remplir les promesses qu’il mettait en moi. Je n’attendais pas que l’imaginaire le transporte dans un monde sensuel que j’emplissais déjà la paume de sa main pour lui démontrer que j’étais indestructible et sans fin. Et je ne parle pas du matin. J’étais une montagne, lui un explorateur aguerri et curieux prêt à tout pour atteindre mon sommet. Pour libérer le magma bouillonnant en moi. 

 

 

 

 

 

Comme tout ça me semble loin, par moment. Comme je regrette ces temps innocents ou Marcel ne réfléchissait pas, qui il était, mais il était celui qu’il était, simplement. Un être vivant, gorgé de désir et de demandes déroutantes. Pas encore trop affecté par ces satanés sentiments, même s’ils pointaient bien évidemment déjà leur museau à ce moment-là. Mais à cet âge, il ne distinguait guère ce qui le faisait bander de ce qui le faisait chavirer, tandis qu’aujourd’hui, il me semble par moments qu’il ne prend en considération que ce qui est apte à le chambouler. Comme une de ces pucelles attendant le prince charmant, mais étant gorgée d'inclinations inavouables au fond d’elle. 

 

 

 

Il ne pourra vivre dans le déni bien longtemps, à chaque fois c’est pareil et ici plus que n’importe quelle autre relation, je m’imposerai en tout grand conquérant. Et cela alors même qu’il sera en relation. Notre complicité est trop forte, notre synchronisation bien trop évidente et notre concordance tellement satisfaisante qu’il ressentira très vite ce besoin inné de se masturber, car à l’inverse de ses conquêtes, il n’a jamais été déçu de moi et des promesses que je projetais pour l’envoyer au Nirvana et toucher les étoiles. 

 

 

 

Il aura beau me maudire et me fustiger, son seul réconfort, lorsqu’il se retrouvera seul, sera de me secouer plus que jamais, car en vérité, aucun homme ne se sent plus vivant que lorsqu’il ressent son sexe le contenter. Et ceci reste ma mission, quoi qu’il se passe dans sa vie, quelles que soient les vicissitudes de l’existence, Marcel est soudé à mon corps, quoi qu’il fasse et quoi qu’il dise. 

 

 

 

Que l’amour le malmène donc et lui fasse regretter son arrogance envers mon humble posture, il se tournera irrémédiablement vers moi, car je serai celui qui ne le désenchantera jamais, aussi impétueuses ou timides soient mes explosions, car je suis ce qui le relie à la terre ; son Nord, son Sud, son Est et son Ouest, mais surtout son midi que toujours il convoite et souhaitera contempler.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 


 


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