LA SALOPE DE NOËL


30 May
30May

   

La salope de Noël

 


       Nouvelle

 


Didier      Leuenberger

 


 

Mon Dieu, faites que je ne sois pas grillée en enfer, Seigneur tout puissant, car j’ai bien peur d’être une salope. J’ai soudoyé les charmes non discrets du père Noël pas plus tard qu’hier, alors qu’il devait descendre dans les deux derniers appartements du dessous afin d’y déposer les cadeaux demandés par ces terreurs de gamins de la Lopez et de la Kreitz. Deux vipères venues chercher le bonheur dans notre beau pays et n’ayant pas attendu longtemps avant de se faire engrossées. Et c’est moi qu’elles traitent de salope dans l’immeuble…Si c’est pas malheureux tout de même.

Il faut dire que ce foutu faiseur de rêves et forgeur d’espoir sans précédent était plutôt bien monté ; monté comme un renne à vrai dire, même si je n’en ai jamais vu un seul de toute ma vie.

Des fouteurs de merde aussi, en tous les cas pour ceux qui sévissent dans mon quartier. Trop faciles, trop portés sur la chose. Toujours prêts à rendre service et déposer leur os à moelle là où la faim se fait ressentir. Leur tête chercheuse semble munie d’une ogive capable de renâcler les femmes en détresse pour ce qui est du sexe.  Et les appétits vont bon train en cette période de Fêtes, je vous le dis. Toutes ces pauvres ménagères en manque de sensation et comptant les fleurs de la tapisserie, pour les plus chanceuses, sous les râles d’un époux aussi convainquant qu’un chat sautant dans une piscine…ne sont plus à compter. Je ne vous apprends rien.

Mais c’était si bon. Si intense. Tellement... excitant. Je n’avais jamais pris pareil pied, je vous l’assure. Et loin de moi l’idée d’impressionner ici qui que ce soit.

Pardonnez-moi, mon Seigneur, je ne suis qu’une pauvre pécheresse. Qu’une pauvre connasse de brebis égarée ne sachant plus où donner de la tête lorsque se dresse innocemment devant mes mirettes, la plus discrète des saucisses. La plus mémorable des bûches ne demandant qu’à raviver la petite flamme de ma cheminée et croyez bien que j’y prends soin, n’en déplaise aux coincées du cul, car ce sont toujours les femmes qui critiquent le mieux les femmes comme moi : Épanouies et heureuses ; ambitieuses et téméraires pour ce qui est de la chair et des méthodes pour arriver à leurs fins. Prêtes à tout pour découvrir leur corps et l’exploiter comme il se doit. Sans tabou, sans sacre inviolable ni la plus petite once de honte. Des femmes prêtes à être cueillies quoiqu’il advienne. Envisageant les regards de ces amants passant comme un message céleste et divin. Croyant au plaisir et l’invitant à les séduire sans cesse. Comme de bons prédateurs que peuvent si bien être qualifiés les hommes. Oui ça existe. Nous ne sommes pas toutes à déflorer avec un bouquet de roses et une boîte de chocolat. Ou même un Turbomix. Nous ne sommes pas toutes d’infatigables cuisinières et de merveilleuses gouvernantes, mais nous pouvons également être tout çà à la fois. De merveilleuses salopes de maison œuvrant au fourneau comme des chefs et tenant le gouvernail d’une main de capitaine expérimentée et sûre.

Mais pour beaucoup bien sûr, je ne suis qu’une traînée en cette période de fête ou je ne pense qu’à ma libido, au lieu de m’affairer à faire des biscuits et chercher les présents que je promis d’offrir à mes neveux et nièces. Négligeant un rituel faisant tartir le quatre-vingt-dix pour cent des gens simulant pour le coup, un orgasme émotionnel et remplissant un rôle qu’ils n’aiment pas ; qu’ils détestent même, pour beaucoup.

Qui est le plus à blâmer dans cette histoire ? Tous ces fous se ruant dans les magasins pour trouver un cadeau qu’ils offriront par convenance ou une cochonne de mon acabit s’assumant et assumant ses désirs ?

Je rage d’entendre tous ces bien-pensants apporter la bûche de Noël et endimanché comme un pingouin pour tromper leur moitié le lendemain, mais n’est-ce pas les apparences qu’il faut toujours préserver dans ce monde de fou ? N’est-ce pas d’elles que se forgent les opinions et les réputations alors que tout ceci n’est que du vent. Qu’un ramassis d’hypocrisie et de fourberies toute plus lamentables les unes que les autres.

En tous les cas, mon Temple de Cypris conforte mes dires et me donne raison, car je suis parfaitement en accord avec moi-même ou ce que certains appellent tout simplement : la liberté.


Lorsque ce bellâtre sonna à ma porte avec dans son regard lubrique la promesse d’un biscuit fourré comme je l’aime et un méchant goût de reviens-y, je n’ai pas hésité. J’ai foncé sans la moindre équivoque.

Et quelle fougue ! Quel brio ! Quelle imagination ! Quelle langue ! Quelle attraction que ce père Noël ci, car j’en connais quelques-uns, ce n’est pas le premier qui se fait attraper par mes pinces de maquerelle écervelée en manque de sensations fortes. Plus encore à cette période de l’année qu’aucune autre. Il y en eut plus d’un. Et je ne m’en vante pas, mais que voulez-vous, arracher cette barbe et cette bedaine pour découvrir un ventre ferme ou à peine enrobé me fait perdre tout contrôle. Le leur aussi.

 

Plonger ma main dans leur braguette souple et feutrée, faire bondir le tigre ne demandant qu’à franchir ma porte cochère avec fougue est un moment délicieux, parce que prometteur. Un grand saut dans l’inconnu pouvant m’amener aux pratiques les plus insolites et finir ligotée au pieds du lit après avoir reçue la fessé.

 

Quel délice de malaxer ces petites fesses rebondies faisant des vas et viens entêtants et assumant un rentre-dedans sans demi-mesure sous mes cris de folle furieuse. Des moments qui ne peuvent que raviver des souvenirs s’éloignant de plus en plus, il faut bien le reconnaître. Car je ne suis plus toute jeune, mon Seigneur. Non, j’accuse quelques printemps de plus chaque jour de l’an, et même si je suis en pleine forme physique et toujours aussi souple pour mes cinquante-trois ans, ce n’est pas une excuse, je le sais. Une pécheresse vous dis-je. Une âme perdue. Une salope. Mais une salope qui s’assume.

 

En fait, tout commença justement à cause de cet âge avançant et me rappelant comme un couperet tranchant dans le vif, que le temps est inéluctable et pas vraiment mon allié côté bagatelle, mais plutôt un frein à ce que j’estime encore tant palpitant à mes yeux. Un jour ou la ménopause me légua des sueurs froides et me fit plus transpirer qu’aucun autre jour de mon existence, et ressentir pour la première fois que je n’étais plus un fruit aussi juteux qu’auparavant. Qu’il y aurait plus de boulot à rendre cette pente glissante et accueillante pour tous ces garnements préférant le plus souvent, ne pas avoir besoin de farter leur lame pour parcourir ce manège infernal. Des hormones quelque peu perturbantes et malvenues en une crise ou les démons de midi (ce n’est plus la quarantaine aujourd’hui, longévité oblige…), ne possèdent pas que les maris en pleine crise prépubère, mais peuvent aussi nous atteindre nous les femmes. Et nous percuter aussi violemment que nos pauvres petits d’hommes à qui l’on pardonne tout, semble-t-il…

 

Délestée de mon mari après un divorce douloureux et une humiliation en règle face à la bimbo aux nichons recyclés avant sa puberté, je n’ai que mes yeux pour pleurer et regarder le bateau sombrer dans l’abîme que toute femme divorcée de mon âge embrasse malgré elle. Pourtant, ce n’était pas faute d’imagination avec Norbert, et encore moins d’innovation. Que ne lui ai-je pas fait à cet asticot… Peut-être que tout çà ne lui convenait pas à vrai dire. À moins qu’il n’aient eu le syndrome du mec marié vénérant tant et tant le corps de l’épouse, qu’il finit par ne plus oser le toucher. Au moins de ce côté-là, je n’ai rien à me reprocher et tandis que je me suis refermée sur moi-même les premiers mois de célibat cela à aiguisé mes appétits et la conviction que j’étais au plus juste de ma personne. Ce sont les autres qui en profitèrent. Et qui en profitent encore aujourd’hui.

 

Aussi, lorsque le père Noël se trompa de porte et sonna à la mienne, ses grands yeux noirs et ses lèvres roses s’offrant à mes aspirations les plus folles, mon peignoir glissa inconsciemment, dévoilant ma dentelle juvénile certes, mais m’allant encore à ravir…

 

Je ne pus que m’agenouiller devant un tel don du ciel. Devant une telle sculpture. Cadeau qui entre parenthèses, ne fut jamais égalé de toutes mes expériences passées.

 

Ses doigts me servirent comme entrée un avant-goût du plat de résistance, et alors qu’ils trifouillaient admirablement bien mon berlingot en s'attachant posément sur mon clitoris sans la moindre maladresse, c’est lui qui tomba à mes pieds en plongeant son museau dans ma fente, le gredin et pénétrer de sa langue experte mon Barbiquet si convoité lorsque j’étais plus jeune. Il savait y faire, pour un père Noël et son image écornée de cochon chevronné ne sembla pas le moins du monde le perturber.

 

Sa manière de dévorer ma tarte aux poils était plus que convainquant. Sa disposition cunnilingusiène me silla les jambes et nous nous vîmes très vite couchés, à nous lécher l’abricot et le jonc respectivement, sans la moindre démarcation. Nous étions en zone libre avec ce chenapan à l’accent argentin. Lui, scrutant délicatement de ses beaux doigts mon triangle des Bermudes pour venir y cueillir la plus délicate et agréable des caresses et moi, m’occupant de ses balles me sautant au visage comme d’espiègles boules de Noël à chaque coup de langue et me rappelant quel jour nous étions. Je ne me suis pas gênée de scruter ses parties masculines que tant d’autres se refusent à nous céder. Ce continent insondable pour nombre de chérubins. Comme si c’était la fin d’un voyage, l’ultime segment d’une route en construction protégé par des barrières incommensurables et qui sera toujours en travaux semble-t-il.

 

J’ai branlé ce membre vermeil, l’ai lustré de ma salive envinée d’un Sauternes bas de gamme, mais un Sauternes tout de même. J’ai senti ce petit goût salé de son liquide pré-séminal. Une étrange et amusante sécrétion s’harmonisant avec notre baveux et nous permettre une nage synchronisée.  Lorsqu’on sait que ce sont les glandes de Littré et les lacunes de Margagni qui joueraient un rôle dans la sécrétion de ce fluide magique, comment ne pas se sentir dépaysée. Mais ou ont-ils donc bien pu trouver des noms pareils ?

J’ai aspiré ses burnes et les ai recrachées comme si elles étaient attachées à un élastique, avant d’aventurer un doigt curieux vers ce petit trou de vertu.

Il fallait le voir se tordre et bander tous ses muscles. Un père Noël, oui, mais un père Noël open comme jamais. C’était tellement bon de le voir et sentir se cambrer et gémir lorsque je le pénétrais de mon majeur. J’avais l’impression de le posséder, de le dominer et je crois bien que j’aurais pu en faire ce que je voulais si mes desseins avaient été tout autres que ce pour quoi nous nous préparions, car j’étais prête. La dinde était brûlante et désireuse d’être farcie de toutes les manières possibles. Et il ne s’en priva aucunement.

 

Nous rejoignîmes la chambre des tortures, le nuage sur lequel il posa son traineau et ses derniers cadeaux. Son habit de clown rouge. Il me lança sur le matelas avec force et désir, mon acompte à ce que nous nous témoignions étant des plus prometteurs. Et je ne crois pas si bien dire en vous racontant cela. En retombant sur ce radeau (matelas à eau que voulez-vous) j’eus les jambes au-dessus de la tête avant même que je ne tente d’y arriver. Un coup de frais à ces années effeuillées et à la pucelle que je fus. C’est sans masque qu’il plongea dans cette marre à plaisir. Cette flaque à électrochocs pour quéquettes en manque de stimulation, il y en a tant de nos jours… Alors que tout semble si facile il n’en est rien en vérité. Les barrières sont bien réelles et les frontières, une réalité qui ne se dément pas. 

Son tuba envahit ma crèche avec délice, sans fioriture ni blablabla. C’était un artisan ; mon atelier de Vénus était tout à lui et l’œuvre qu’il réalisa fut à la hauteur de ses promesses. Il me farcit à maintes reprises, mon minou en redemandant et en redemandant encore. Non rassasié depuis des mois, il était sans fin, en voulait toujours plus, quitte à épuiser ce père Noël de plus en plus inquiet et soucieux des derniers cadeaux à distribuer. Et il avait raison d’être inquiet.

Lorsque je posai ma tête sur sa poitrine fleurie, que l’effluve de son suif chatouilla mes narines, ses aisselles noyées par l’effort et la performance, je sentis le désir remonter tel un sous-marin, tel mon canard aquatique tenu au fond de la baignoire et remontant comme une bombe à la surface, une fois lâché.

Je devinais sous ce tissu les formes emprisonnées dans les plis et les froissures. C’était excitant. Son sexe sous l’étoffe était tellement plus alléchant, comme un bonbon à déballer, une surprise à découvrir.

 

Je posai mes doigts sur cette colline aux sensations que je savais souveraines et la fis devenir une montagne solide, tout en acquittant ma bouche de rendre aussi fermes ses tétons sous l’emprise de mes lèvres, mes dents les mordillant doucement jusqu’à ce que mon amant improbable laisse sortir un petit cri de satisfaction et que son corps tout entier se cambre.

Son torse de gladiateur respirait de plus en plus vite, comme si je venais d’apprivoiser une bête qui avait encore un peu peur de moi, de ce que mes doigts lui réservaient et du plaisir étrange qu’elle ressentait pour la première fois. C’est là que je sortis la corde planquée sous mon lit, que je l’attachai comme une sorcière au bûcher et que je le montai en me tordant sur son dard jusqu’à l’estourbir de ma fougue. Il haletait comme un tigre au soleil, adorait entendre le clap de la paume de ma main frappant sa cuisse et ses fesses. Le petit salaud était endurant et bien décidé à remplir ce puit mystérieux hantant le monde depuis la nuit des temps. Depuis que l’homme est homme.

 

Un combat déloyal se profila, moi en dominatrice expérimentée et lui, en jouvenceau prêt à tout pour combler mes désirs les plus extravagants. Après tout, c’était Noël. J’avais l’impression d’être un mec par moment. C’était jouissif et enivrant. Déstabilisant aussi, tant pour lui que pour moi, mais les jeunes sont plein de ressources et alors que je domptais ce diable tout en verge, il défit ses liens et me retourna en une culbute digne d’un acrobate du Cirque du Soleil, pour me mettre à quatre pattes. Le gougeât, le petit salaud… il se moqua bien de moi, à me jouer la petite soubrette enlevant les toiles d’araignée jusque dans les contreforts de mon Troumignon par quelques coups de langues exquis. J’entendais résonner en échos entêtants les glouglou de sa salive et les petits geignements dans mon cul. Une petite porte qui, si elle ne m’était pas méconnue, avait peu souvent l’occasion de faire parler d’elle. Et c’est ce coquin qui s’y collait. Ce père Noël nu et poilu comme je les aime.

Du haut de sa trentaine en devenir, son iris accusa un éclair espiègle avant de me posséder. Une prise qui si elle peut ne pas paraître évidente ne pouvait plus être défaite une fois bien arrimée. Il lui fallait faire sauter mes fusibles pour nous décrocher l’un de l’autre et il était bien décidé à y parvenir.

J’avais ce gamin sur le dos et n’avais rien vu venir. J’étais devenue sa chose, son objet de tous les fantasmes, son jouet bien mérité et je ne m’en plaindrai jamais. Mais les voisins, si.

Ce furent nos râles et nos cris que les enfants du dessous entendirent ce soir-là en guise de cadeaux qu’ils attendirent sagement sous le sapin des jours durant. Leur maman me l’expliqua un matin et trouva scandaleux qu’on ne puisse plus même faire confiance au père Noël, sans ne jamais prononcer le moindre mot, la plus petite allusion à ce concert improvisé ayant fait chanté le délice. Son regard par contre, en dit long et se voyait menaçant ; empli de jalousie et d’une folle envie de me foudroyer séance tenante.

 

Je ravalai ma salive et toussai nerveusement, prétextai quelque chose allant au feu pour ne pas mourir de honte. Comme j’avais honte.

 

Comme je fus mal durant la semaine qui suivit, mais lorsque je ressentis des picotements dans le ventre me rappelant ce doux moment avec ce faux barbu à peine trentenaire, je crus bien marcher sur de la mousse. À moins que ce ne fût de la neige...

 

Je passai là le plus beau des Noëls et la plus satisfaisante des fins d’année, je l’avoue. Et quitte à me faire écarteler par le diable en personne, je souhaite à tous d’embrasser pareille félicité.

 

La magie sera au rendez-vous, assurément pour qui sait s’agripper au paquet le plus renversant que renferme tout père Noël au fond de son pantalon de velours.

 


 



© Tous droits réservés Didier Leuenberger. Respectez le travail de l’auteur. Respectez la créativité.

 

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